La méthode japonaise.

Je reconnais un coiffeur à la spirale rotative rouge, bleue et blanche qui apparaît quelque part sur le mur de la rue, ou en pilone sur le trottoir. Le meilleur exemple que j'en ai en photo vient de 上大岡 (Kamiôoka): un exemplaire électroluminescent et un exemplaire en papier au mur, plus ou moins à hauteur d'homme, une grande affiche au sommet de l'immeuble annonçant le nom du salon (サケラギ / Sakeragi), le tarif et l'étage où le trouver: au deuxième, soit selon le décompte en France, au premier. Enfin, d'autres spirales électroluminescentes aux fenêtres du salon.
Hair Salon Sakeragi

La suite se base sur mon expérience chez un coiffeur placé à la sortie de 屏風浦駅 (Byôbugaura Eki), la gare de Byôbugaura.

J'entre, patiente un peu que l'une des quatre places se libère. Un coiffeur arrive et je fais comprendre que je désire une coupe et, comme j'en ai assez d'arborer le bouc, un rasage. Est-ce que je désire un shampooing? Allons-y pour le shampooing; pour une fois qu'on me donne le choix je fais comme d'habitude.

On m'installe directement dans un fauteuil de coiffure, duquel je ne bougerais pas jusqu'à la fin de la séance. Sachant bien que je ne pourrais m'expliquer, j'avais prévu là aussi de prendre une photo sur moi. Mais sur la photo, on ne me voit pas de dos! Le coiffeur ne manque pas de ressources et me propose une planche sur laquelle sont représentés neuf types de coupes pour l'arrière de la tête et je peux faire un choix éclairé.

Le coiffeur humidifie un peu mes cheveux avec un brumisateur, mais à peine, et la coupe commence (et mon shampooing?). Comme il n'a pas trop l'habitude d'avoir des 外国人 (gaikokujin)[1] comme client, on essaie de discuter un peu mais ça n'a pas l'air d'être la règle générale. D'ailleurs entre nous ça ne va pas très loin, avec ses quelques mots d'Anglais et mes trois mots de Japonais...

La coupe terminée, c'est l'instant surprise: le coiffeur fait basculer une porte de placard devant moi pour découvrir... un bassin! Un bassin en plastique dont le bord comporte un creux dans lequel, en me penchant en avant, je pourrais placer mon cou façon guillotine, moins la lame.
Prendre un shampooing avec la tête en avant, ça me paraît quand même une drôle d'idée, pour moi qui ait l'habitude de garder le visage sec chez le coiffeur... Là, forcément, l'eau coule sur le visage et la position (le torse rabattu sur les genoux), si elle n'est pas aussi inconfortable que je le croyais, n'est pas des plus agréables. L'avantage évident, c'est le gain de place. Si ce salon devait disposer d'un coin shampooing séparé, il devrait doubler de taille!
Le shampooing fini, on me tamponne délicatement le visage avec une serviette douce et somme toute, c'est rafraîchissant.

Redressé, je m'attends à être allongé de suite pour le rasage, mais non, j'ai droit à un petit massage des épaules d'abord. Pas à dire, un massage même rapide après une journée de boulot, on se sent bien... Encore que, c'est la première fois que je m'apprête à me faire raser et je me demande ce qu'on ressent avec un coupe-chou sous la gorge.

Cette fois c'est dit, le fauteuil passe en position allongée et le coiffeur me pose une serviette humide et tiède sur le visage pour assouplir la peau. Quelques instants plus tard la serviette disparaît et je suis badigeonné de crème du menton aux oreilles... et même sur le côté des yeux ? Le coiffeur approche avec le rasoir et je constate qu'il va me le poser entre les deux yeux ‽ Réaction en urgence demandée! On touche pas, merci.
Pour le reste, rasage impeccable, mon pauvre 2-lames et ma main approximative tiennent difficilement la comparaison.

Sorti dans la rue, je m'ébouriffe un peu les cheveux pour en faire tomber (quelques) restes de coupe.

Compléments

Découvrez en six minutes la journée d'un coiffeur de Kyoto! Les images proviennent de la webcam de Hair Program Nakagawa, le 11 février 2004, que j'ai assemblées en video (codec divx5). Le site propose des liens vers des webcams de coiffeurs au Japon, en Allemagne, aux États-Unis, en Espagne.

Notes

[1]外国人 (gaikokujin): étranger; les étrangers justement ont plutôt tendance à connaître et utiliser la forme 外人 (gaijin), plus familière.